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L’Unité Sport Adaptée psychiatrie : la culture de l’humain avant tout !

20 novembre 2017

Pierre-Louis, Yannick et Christelle ont un point commun : avant d’être éducateurs sportifs, ce sont des soignants qui viennent des services psychiatrie ou pédopsychiatrie.

Il y a cinq ans, à l’hôpital Henri-Mondor d’Aurillac, s’est concrétisé le projet de création d’une unité « Sport Adapté » destiné aux patients de ces dits-services. Inspirée d’une expérimentation réussie en Haute-Loire, cette unité fonctionne depuis 2012, avec pour finalité de permettre aux patients de retrouver goût à l’effort, à la vie.


Philippe, cadre de santé rajoute : « Si l’on devait résumer, cette unité compte plus de 2000 passages à l’année, des activités diverses  et variées avec un axe transversal : le soin. »


La salle de sport dédiée à cette unité comprend du matériel sportif pour la musculation et les sports collectifs.

« Nous essayons d’utiliser tout ce que l’on peut, au service des patients, explique Yannick. Nous exploitons autant que possible l’environnement du Cantal en proposant des sorties raquette, vtt, randonnée… C’est une chance d’avoir cet environnement à portée de main ! De plus, la convention avec la municipalité d’Aurillac nous permet de développer ce potentiel d’activité grâce à l’accès à la salle d’escalade une fois par semaine »

L’Unité fonctionne par cycle d’activités de 7 séances. Jusqu’à Toussaint, le mardi après-midi les participants pratiqueront le hockey. Puis ils enchaîneront vers une autre activité.

«Cela leur permet de découvrir de nouvelles activités, d’être plus à l’aise par exemple sur d’autres activités, d’engager d’autres forces. »

Des activités accessibles pour tous :

« Avant tout, nous sommes soignants : le sport est un moyen d’arriver au soin, mais ce n’est pas une finalité en soi !, précise Pierre-Louis. Nous accueillons des enfants de 5 à 17 ans et des adultes jusqu’à l’âge de 77 ans, ainsi que des personnes de la M.A.S. Plusieurs créneaux quotidiens  sont proposés.

Le médecin souhaite voir certaines évolutions et aura déterminé certains objectifs avec le patient, par exemple, un travail sur l’estime de soi, la mobilité… Au bout de cinq semaines, nous réalisons un bilan de nos observations que nous transmettons au médecin.  Nous en discutons ensemble et assurons ainsi le suivi. »

Parfois, des activités à risque émotionnel comme la boxe, les sports collectifs sont proposées. Le professionnalisme et l’expérience de soignants de Pierre-Louis, Yannick et Christelle ont donc toute leur importance dans la gestion de ce genre de situations.


« Nous demandons un certificat d’aptitude à la pratique d’activité physique afin que cela puisse se dérouler de manière optimale. Il arrive que des pathologies physiques soient associées.


Un  travail d’éducation thérapeutique se met en place : on va pouvoir travailler notamment sur l’estime de soi, la confiance en soi. Nous ne travaillons pas sur le côté compétition mais sur la progressivité avec pour idée de sortir le patient de sa zone de confort et l’agrandir », poursuit Pierre-Louis.

« Nous avons un rôle d’aiguilleur, de régulation sociale sur les milieux ouverts, c’est très important.

Nous ne faisons pas de sport mais de l’activité physique adaptée », précise-t-il. « Nous nous intéressons davantage au processus mis en jeu dans l’activité plus que l’activité en elle-même. Les patients ont parfois des à priori liés à la pratique d’activités, cela peut les renvoyer à de mauvais souvenirs. »

« Nous ne sommes pas un club de sport, renchérit Yannick. La finalité de cette unité est avant tout la médiation thérapeutique. Le lien est nécessaire avec le médecin. On est dans la pratique thérapeutique. L’activité physique est un outil, un processus mis en place leur permettant d’avancer.


En tant qu’éducateurs soignants, nous proposons une activité adaptée à leurs besoins, pas une activité codifiée : on s’adapte à leur handicap.


Nous travaillons parfois avec une relaxologue. Nous sommes une équipe pluridisciplinaire : on utilise les spécificités de chacun au bénéfice du patient, à visée préventive mais aussi curative. »

Avec un véritable suivi du projet de soin…

Chaque type de population a ses spécificités, il peut s’agir de troubles d’addiction, de sédentarité. Pierre-Louis, Christelle et Yannick travaillent aussi avec un psychomotricien. Cela fait aussi partie de leur métier : trouver des partenaires qui s’engagent à mettre en place des choses à nos côtés, toujours au bénéfice du patient. Cela demande une dose de dynamisme à 120%  comme le rappelle Yannick.

« À 2000% même », renchérit Philippe.


« Nous nous adaptons aux patients, toujours en lien avec les prescriptions du médecin du service.


L’idée n’est surtout pas de les dévaloriser ou de les mettre en échec. Ces personnes ont des difficultés, nous sommes là pour les aider à avancer. Nous travaillons sur l’individu avant tout et même avant sa pathologie. Nous ne portons pas de blouse. Les moments informels sont les plus importants. Il est important que nos oreilles soient tout le temps disponibles », insiste Pierre-Louis.

La culture de l’humain comme leitmotiv

« Les gens se sentent moins concernés par la psychiatrie car c’est déstabilisant : cela peut toucher tout le monde : un collègue, un proche par exemple peut souffrir de dépression. Ce jour-là, le regard évolue. Nos difficultés sont aussi liées à l’image de la psychiatrie dans la société, explique Yannick.

Nos patients sont atteints de maladie chronique. Il peut y avoir une stabilisation puis une rechute. Nous jouons ce rôle de béquille : une fois qu’ils ne l’ont plus, ils peuvent marcher. Et si besoin, nous sommes présents pour assurer ce rôle.


Notre unité est un tremplin vers le milieu ordinaire : le retour à la société peut être violent, d’où l’importance de conserver ce lien avec le soin. »


L’unité est inscrite dans le cadre de la santé publique. L’équipe agit au mieux,  avec les moyens mis à sa  disposition. Partis de zéro, ce projet aurait pu ne jamais aboutir en théorie. Aujourd’hui, les patients sont partants, viennent en tenue de gym, et ressentent du bien-être en pratiquant l’activité.


« C’est valorisant. Ils voient que l’on prend soin d’eux et par mimétisme vont prendre soin d’eux », interprète Pierre-Louis.


L’accès aux loisirs pour tous, quelle que soit sa condition

L’intégration n’est pas un vain mot comme nous le prouve cette équipe gonflée à bloc.  D’où la logique de pourvoir collaborer avec Louise Clerc, chargée d’accompagnement de l’association DAHLIR. Cet accompagnement vers le milieu ordinaire est un outil de plus mis à disposition des personnes.

Pour Philippe : « Cela répond à un vrai besoin. Louise Clerc pourra les mettre en confiance quant à l’inscription dans un club, une association et surtout assurer le lien avec la structure d’accueil, insiste Philippe.


Cela permet de dynamiser et d’offrir un outil supplémentaire à nos patients. Elle assure un rôle de médiation entre le monde ordinaire et le service de psychiatrie. 


Depuis neuf ans, une dynamique se développe sur le sport-santé. Il y a une grande évolution parmi les acteurs, d’où l’importance de pouvoir travailler avec un réseau d’acteurs engagés et dynamiques ! »

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